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couples et familles = comment expliquer toutes les dérives, conflits, chagrins, malentendus ...

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couples et familles = comment expliquer toutes les dérives, conflits, chagrins, malentendus ...

Message  admin le Mar 3 Nov - 6:13


Nous sommes faits pour la relation à l’autre. Comme tels, nous avons été voulus, pensés, aimés par notre Créateur. Ce besoin est vital. Privé de relation, un être meurt, parfois dans son corps, souvent dans son psychisme, toujours dans sa capacité à espérer et à croire en l’autre…

Notre soif de l’autre est la signature de la Trinité inscrite au fond de notre cœur, comme la trace d’ADN de notre « être intérieur ».

Mais alors, si cet élan vers l’autre puise ses racines si loin en nous, comment expliquer toutes les dérives, conflits, chagrins, malentendus qui vrillent notre capacité à rentrer et à demeurer en relation avec l’autre.

L’accompagnement de personnes en souffrance permet de mettre en lumière un dénominateur commun, non pas systématique, mais fréquent, qui vient parasiter notre vie relationnelle: il s’agit de la distance entre moi et l’autre, la juste distance à trouver, à inventer, à fignoler, comme une réalité mouvante qui n’est jamais figée pour toujours dans ce qui serait une illusion d’équilibre.

Pour notre couple, cela nous amène aux réflexions suivantes: nous parton de deux personnes différentes, de deux corps, de deux mémoires, de deux familles d’appartenance, de deux histoires de vie… pour que, au fil du temps, une troisième réalité prenne corps, le « NOUS » conjugal, ce lien qui va être le lieu de l’alliance. Pour que ce lien soit fluide et donc porteur de vie, il est essentiel qu’il existe une distance entre nous.

Cette distance peut se matérialiser par des centres d’intérêts différents, par des activités à vivre parfois séparément, autant de « nourriture » qui vont venir enrichir le lien, l’oxygéner et le faire grandir. Cela nous éloigne du piège de la fusion, penchant naturel de tout (très) jeune couple, mais qui doit s’estomper pour laisser les autres, le monde, s’inviter à notre table. Pouvoir quitter la fusion sans rien abandonner ni de la tendresse, ni de la complicité, reflète la maturité d’un amour qui grandit.

Autre point de vigilance: que cette distance entre conjoints, ne s’incarne pas sur le mode de l’ascenseur, avec une position haute et une basse. L’un des deux serait celui qui avance, qui a envie, qui ose…  et l’autre suivrait! Ce mode de fonctionnement mène à un chemin où la domination et la dépendance ne sont pas loin. Attention, danger !

Par ailleurs, il faut veiller à ce que la distance entre les deux conjoints ne ressemble pas à un court de tennis, où chacun a besoin de faire ses preuves, d’affirmer ses certitudes, d’avoir toujours raison…  Cela permet alors à la rivalité de s’insinuer comme une plante toxique entre nous deux.

Enfin, il est vital de ne pas se laisser « happer » par le désir de l’autre: plus nous renforçons, chacun, notre identité, plus nous affirmons nos couleurs personnelles, plus nous fortifions l’homme ou la femme intérieur que nous voulons être et plus nous aurons de contours à donner, à partager à l’être aimé. On n’est pas amoureux d’un fantôme, et plus chacun chemine dans le « Deviens ce que tu es », cher à Saint Augustin, plus la juste distance pourra se mettre en place.

Au terme de cette réflexion, la très belle poésie de Khalil Gibran peut nous rejoindre: « Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul. Tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus: car les piliers du temple se tiennent à distance et le chêne et le cyprès ne croissent pas à l’ombre l’un de l’autre. (…) Laissez l’espace entrer au sein de votre union ».

Prendre soin de cet espace symbolique entre nous deux est vital, c’est l’œuvre de toute une vie. Cet espace va devenir le lieu où je peux redécouvrir, chaque jour, avec un regard lavé par la miséricorde, et donc neuf, cet autre qui m’est confié.



Texte de Emmanuelle Ribler, conseillère conjugale et familiale, dans le brochure Lettre des Equipes Notre-Dame, N° 211, mars-avril 2015, pp.14-15.

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